À la découverte de l'Atelier Couture de Puylaurens, par Lucie
Je viens de passer une heure trente avec les participantes de l’atelier couture du Secours Catholique de Puylaurens. Nous sommes mardi 20 janvier, il est 14h quand ça commence.
Je me suis présentée au début, elles m’ont regardée, certaines avec circonspection, d’autres ont clamé un hourra, l’une a même applaudi.
Elles sont une petite dizaine aujourd’hui, en général plutôt six, huit. Ce ne sont que des femmes, entre quarante et soixante-dix ans peut-être, un peu plus, un peu moins, je n’ai pas demandé. Je connais seulement le prénom de l’organisatrice / maîtresse couture, Yolande. C’est elle qui gravite pendant quelques heures, tous les mardis, autour de ces femmes et de leurs machines à coudre. Beaucoup sont clientes de la boutique et ont entendu parler de l’atelier par le bouche-à-oreille. Il y a aussi quelques bénévoles.
Yolande, elle, circule entre elles comme un chef d’orchestre. Elle impose un respect naturel tout en restant très douce, très pédagogue. C’est une ancienne couturière. Elle a travaillé en haute couture, elle a fait des voiles de catamaran, elle a travaillé en usine, elle a enseigné. Elle a beaucoup de vies dans les mains, ça se sent dans sa manière de transmettre.
Elles ont des projets, deux par mois environ. L’atelier a commencé en septembre 2025. Jusqu’à présent, elles ont fait des tot bags, des trousses, des sacs à plats à tarte, des tapis. Parfois elles font les objets deux fois, un pour elles, un pour la vente dans la boutique solidaire.
Il y a aussi un truc très écolo, très récup dans cet atelier. Tous les tissus viennent de dons, de récupération, du Secours Catholique, de gens qui donnent ce qu’ils n’utilisent plus. Rien n’est vraiment neuf. On fait avec ce qu’il y a. Des bouts de rideaux, des anciens vêtements, des chutes. Et finalement ça donne encore plus de sens aux objets qu’elles fabriquent, parce qu’il y a déjà une histoire dans la matière avant même qu’elles la transforment.
Aujourd’hui, elles fabriquent un gilet sans manches. Elles en sont à la quatrième étape : d’abord il y a eu les patrons, puis la découpe, et là ça fait deux séances qu’elles cousent vraiment. La pièce est vaste, un peu en désordre.
J’ai circulé entres ces dames, juste à poser des petites questions à droite à gauche pour sentir un peu la température du groupe. Certaines ont été très ouvertes tout de suite, à me parler du pourquoi elles sont là, d’où elles viennent. D’autres étaient plus fermées, plus méfiantes peut-être. Il y a aussi la barrière de la langue qui entre en jeu, notamment avec une dame, la plus jeune, la plus discrète, qui ne comprenait pas très bien le français.
Les machines font leur bruit continu. Ça parle en même temps. Ça parle d’enfants, ça parle des hommes, ça parle de fatigue, de solitude, parfois de dépression aussi. Ça râle, ça rigole, ça peste contre la machine, contre soi, contre l’erreur qu’on recommence.
Une femme me dit qu’elle avait zéro en maths au brevet des collèges et qu’elle n’a aucune logique, que pour elle c’est un vrai exercice. Une autre lui répond en grognant que ce n’est pas la faute des maths mais plutôt parce qu’elle fait tout n’importe comment. Et Yolande continue de passer entre elles, comme un chef d’orchestre, toujours calme.
Dans un coin, une dame chantonne du Brel. Je lui demande si c’est son chanteur préféré. Elle me dit non, pas spécialement, mais que Bernard (son mari je suppose, je ne demande pas, tout le monde hoche la tête, on doit connaitre Bernard) vient de mourir et qu’à l’enterrement ils ont passé une chanson de Brel, alors elle l’a encore dans la tête.
Une autre me confie, presque sans s’en rendre compte :
« J’ai hâte de le finir pour pouvoir le mettre jeudi quand j’irai voir mon fils. »
Elle parle du gilet. Une autre rebondit :
« C’est le premier vêtement qu’on fait ici ! »
Et là on sent quelque chose qui circule, une fierté, une joie presque enfantine de fabriquer un objet utile, simple et en même temps compliqué. On sent que ce lieu n’est pas juste un atelier couture. C’est un endroit où on vient parce qu’on est seule, parce qu’on a besoin d’être avec d’autres, de faire quelque chose avec ses mains, d’utiliser cette machine à coudre qui prend la poussière depuis des années à la maison.
Lucie